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L'UE et l'I.A.
Il y a quelques mois, l’Union Européenne a légiféré sur l’intelligence artificielle et s’en est hardiment félicité. Qualifiant cette législation, de première mondiale, d’unique au monde. Ce choix de communication a fait dire à un célèbre éditorialiste radio et télé, je cite, “lorsque l’Amérique innove, la Chine copie, puis l’Europe réglemente”. Un autre n’a pas hésité à qualifier l’Europe de “sans vision” sur la question de l’I.A. Sans chercher à prendre parti sur le sujet, on peut légitimement se poser la question de savoir ce que fait l’Europe sur l’I.A. à part légiférer? Sa contribution sur cette révolution technologique se limite-t-elle à pondre des lois et des normes? En y regardant de près, on se rend compte que malgré tout l’UE et l’I.A., c’est plus de 1000 projets de recherche financés pour près de 1,7 Mds d’euros sur une dizaine d’années. Ces projets couvrent plusieurs thématiques telles que la mobilité, la sécurité, la démocratie, la santé, l’environnement, ou encore l’éducation. Dans cet article, je vous propose de balayer quelques-uns de ces projets de recherche sur l’intelligence artificielle financés par l’UE.
Projet SOLARIS: l’I.A. au service de la démocratie
Mon favori est le projet SOLARIS. C’est un projet qui adresse un mal éternel: la désinformation. Rappelez-vous par exemple en 2016, l’impact que la désinformation a eu sur l’élection de Donald Trump ou encore sur le vote en faveur du Brexit. Avec l’intelligence artificielle, les techniques de désinformation, notamment l’infox vidéo, se révèlent être de plus en plus complexe. Par conséquent, les contrer est de plus en plus difficile. C’est le challenge que se propose le projet SOLARIS. La force du projet SOLARIS est de partir du point qu’une approche exclusivement technique est insuffisante pour traiter la problématique. Partant de ce constat, les porteurs du projet revendiquent une approche sociétale et technique basée sur l’intelligence artificielle. Ils insistent sur la nécessité d’associer à toute solution technique, une analyse politique et sociale, voire philosophique, du phénomène de la désinformation et de son ampleur grandissant. Pour l’heure, les premiers résultats traitent le côté sociétal du sujet. À titre personnel, j’ai du mal à entrevoir comment un tel projet pourrait déboucher sur une solution technique capable de contrer dans une certaine mesure la désinformation basée sur les infox vidéos. Je suis très impatient de voir un tel projet déboucher sur une solution technique effective.
Projet EITHOS: la sécurité renforcée par l’I.A. dans le cyberespace
Parlons maintenant du deuxième projet. On a tous déjà entendu qu’une telle ou qu’un tel s’est fait voler son identité. Les conséquences pouvant aller de la banque qui vous réclame une somme folle que vous n’avez jamais empruntée; ou des services de police qui vous demandent le versement d’amendes pour une série d’infractions routières que vous n’avez jamais commises. Comment prévenir, détecter, enquêter efficacement et atténuer les répercussions des vols d’identités dans le cyberespace? Voilà la mission que s’attribue le projet EITHOS. Son but est, en tirant parti de l’I.A., de mettre à disposition des citoyens et des autorités compétentes, les outils nécessaires dans la lutte contre le cybercrime.
Projet ProCancer-I: l’I.A. pour sauver des vies
Cet article a été rédigé lors de la semaine européenne 2024 de lutte contre le cancer. Alors que l’Europe ne représente que 10% de la population mondiale, elle compte un quart des cas de cancer dans le monde entier. En 2020, 2,7 millions de personnes souffraient du cancer en Europe pour 1,3 million de décès. Dans ce contexte, l’Europe intensifie ses efforts pour lutter contre le cancer. Ainsi, ces dernières années, l’UE a financé et finance des projets de recherche qui tirent parti de l’I.A. pour lutter contre le cancer. L’un des facteurs clés dans le traitement du cancer est sa détection précoce. Plus tôt, il est détecté, mieux c’est pour le traiter et sauver la vie des patients. C’est à cette tâche de détection précoce et précise que s’attelle le projet ProCancer-I. Ce projet repose sur un gros volume de données provenant de près de 11 000 patients et 6,7 millions d’images. Des modèles d’I.A., entraînés sur ces données, permettent de détecter au plus tôt et le plus précisément possible le cancer de la prostate. Ces modèles d’I.A. facilitent la distinction entre des tumeurs bénignes et celles agressives. Ce qui permet d’apporter une réponse adaptée dans le traitement des patients.
Projet SAFERS: la protection effective de vies et de l’environnement par l’I.A.
En bonus, je vous présente le projet SAFERS. À la base, je voulais mettre l’accent uniquement sur trois projets phares. Néanmoins, comment ne pas évoquer le projet SAFERS. Quand on sait le rôle crucial de ce projet dans la protection de l’environnement et de vies humaines. Chaque été, nous assistons à une multitude de feux de forêt partout dans le monde. Leur ampleur et leur fréquence se font de plus en plus grandissante. Les conséquences de ces feux de forêt sont multiples: pertes en vies humaines, destructions d’habitats et de la biodiversité, pollutions de l’environnement avec une émission importante de CO2. C’est pour prévenir ces feux de forêt et leurs lots de répercussions que le projet SAFERS a vu le jour. Grâce à un volume élevé de données récupérées à partir de satellites d’observations, de capteurs de feux, de sources topographiques, de prédictions météo, ou encore d’informations fournies en temps réel par des utilisateurs humains, des algorithmes d’intelligence artificielle sont entrainés. Ces algorithmes génèrent une myriade d’informations utiles aux services de secours et aux populations:
- une carte des risques de feux pour délimiter les zones à risque,
- une détection rapide des départs de feux pour mieux alerter,
- une prédiction du schéma de propagation du feu pour une meilleure prise de décision dans la lutte contre les flammes, etc.
Pour finir
Nous arrivons à la fin de notre revue des projets de recherche phare de l’UE en matière d’intelligence artificielle. Comme vous l’aurez remarqué, la majeure partie de ces projets reste à dominance académique. On est plus sur de la définition de concepts que d’un travail technique pour inventer et innover des produits destinés à l’industrie. Pour autant, l’UE joue sa partition qui est de financer la recherche publique académique. Pour des projets européens de la dimension de ChatGPT ou Gemini, il va sans dire qu’il revient aux industriels de s’emparer du sujet et d’y mener les investissements importants qui s’imposent. Dans un prochain article, nous ferons une revue des initiatives industrielles allant dans ce sens.
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